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Archive for the ‘Ondulé’ Category

E1 #005 Nick Drake

In Ondulé, Pittsburgh, Sujet on 11 novembre 2009 at 6:42

Nick est mon ami. Il y a quelques semaines de cela, alors que je parcourais la distance séparant mon arrêt de bus de ma maison, il s’est mis à me susurrer ses belles paroles à l’oreille.

pluie noire

Il pleuvait d’une pluie fine ; d’une de ces pluies qui dessinent les volumes du dehors sans vraiment trop tremper. Emmitouflé sous ma capuche, les mots de Nick résonnaient, tout doux, comme atténués par l’air froid. Moi dans ma bulle et Nick avec moi.

Il pleuvait d’une pluie fine qui faisait briller le bitume d’un noir profond, qui faisait scintiller les branches des arbres. Je marchais par mégarde dans des petites flaques qui remplissaient un peu plus mes chaussures d’eau déjà glacées. Quelques micro-gouttes me piquent le visage alors que mes pieds scandent le rythme de Nick.

J’observe en avançant, une végétation triste mais fièrement élégante, comme emportée par cette drôle de mélancolie russe. En plus des flaques et du froid et en plus de la bruine, les voitures m’agressent de leurs yeux rouges. Mais, leurs menaces, je ne les entends pas.

Nickos

Nick Drake est lumineux. J’écoute ses accords complexes, sa guitare, une trompette.

Quatorze

E1 #003 Vélocyclistes

In Flash-back, Ondulé, Pittsburgh on 8 septembre 2009 at 10:25

Nous nous laissons happer par les ténèbres. Comme trois chevaliers modernes, chevauchant nos vélos, nous fondons sur le bitume noir et glacé. Les deux twin sisters volent devant moi en silence. Je les suis, le vent gonfle mon tee-shirt. La route est cabossée et très peu éclairée mais nous continuons à accélérer dans cette longue descente. Les quelques graviers qui crépitent sous nos pneus ne me rassurent pas.

J’ai les cheveux encore un peu humides de cette super soirée piscine chez Myrtille et mon esprit est hanté par le goût et l’odeur des crêpes que nous avons dévorées.

Je ne vois plus les filles devant moi. D’habitude, je fixe une lampe à l’avant de mon vélo quand je circule de nuit. Seulement, ce soir, je ne pensais pas rentrer si tard. De grands arbres défilent sur les côtés. Le ciel est très sombre ; pas la moindre étoile, la Lune est cachée derrière les nuages. Mes mains se resserrent autour du guidon caoutchouteux. La pente s’accentue encore et les arbres au-dessus de moi me plongent à présent dans un noir absolu.

suburbs

Il n’en fallait pas plus pour que mon esprit me ramène quelques années plus tôt. Au collège, je prenais mon vélo pour aller en cours. Je me souviens bien de ce vélo, un peu grand en sixième, un peu petit en troisième. J’adorais rouler vite dans la ville le matin, dans les petites rues peu fréquentées. Je passais devant ce PMU dont l’enseigne éclairait la rue quand le Soleil peinait à sortir de son nid. Les matinées d’automne ou du début de l’hiver étaient de loin les plus belles : je soufflais des petits nuages qui s’évaporaient devant moi. L’air me glaçait le visage, et les doigts, et les oreilles aussi. Je me raclais la gorge en roulant pour la réchauffer et éloigner ce mauvais rhume qui faisait tout pour s’y nicher. Les arbres scintillaient et je ralentissais en longeant le parc municipal pour profiter du spectacle des rayons du Soleil qui dansaient dans la brume blanche d’entre les branches. Et je filais sur mes deux roues. Libre et heureux.

ville

Je retrouve les filles en bas de la descente. Nous passons sous un lampadaire qui diffuse son halo orangé, puis un autre, et encore un autre… La ville se rapproche. La route se fait moins accidentée, nous avons passé la tempête, les vagues se sont calmées. Il fait encore chaud. Les arbres sur les côtés ont cédé leur place aux maisons, aux bars, puis aux HLM. Nous arrivons à un petit rond-point où les filles virent à droite pendant que je continue tout droit. See you soon, girls.

rouge

Quatorze