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E1 #005 Nick Drake

In Ondulé, Pittsburgh, Sujet on 11 novembre 2009 at 6:42

Nick est mon ami. Il y a quelques semaines de cela, alors que je parcourais la distance séparant mon arrêt de bus de ma maison, il s’est mis à me susurrer ses belles paroles à l’oreille.

pluie noire

Il pleuvait d’une pluie fine ; d’une de ces pluies qui dessinent les volumes du dehors sans vraiment trop tremper. Emmitouflé sous ma capuche, les mots de Nick résonnaient, tout doux, comme atténués par l’air froid. Moi dans ma bulle et Nick avec moi.

Il pleuvait d’une pluie fine qui faisait briller le bitume d’un noir profond, qui faisait scintiller les branches des arbres. Je marchais par mégarde dans des petites flaques qui remplissaient un peu plus mes chaussures d’eau déjà glacées. Quelques micro-gouttes me piquent le visage alors que mes pieds scandent le rythme de Nick.

J’observe en avançant, une végétation triste mais fièrement élégante, comme emportée par cette drôle de mélancolie russe. En plus des flaques et du froid et en plus de la bruine, les voitures m’agressent de leurs yeux rouges. Mais, leurs menaces, je ne les entends pas.

Nickos

Nick Drake est lumineux. J’écoute ses accords complexes, sa guitare, une trompette.

Quatorze

E1 #004 Oublis

In Cerveautage, Flash-back, Pittsburgh on 13 septembre 2009 at 12:05

Mais qu’ai-je fait aujourd’hui ?

Voilà la question qui m’obsède ce soir. Il est minuit, un jour entier vient de se passer depuis mon réveil à 8h30 ce matin et je n’arrive pas du tout à retrouver clairement ce qui a rempli ma journée. Very Bad Trip, but not in Vegas…

J’ai pourtant bien dîné, à 20h je crois. Tout est vraiment flou. De la soupe. Ai-je pris mon médicament ? Euh… Vérification dans la boîte : non. Et avec la soupe ? Je réfléchis bien cinq minutes et ça me revient. J’ai mangé de la soupe et de la pizza, dehors, sous l’arbre, avec Lena et mon Vater. Lena nous a pressés, elle allait à un anniversaire. Je m’en souviens.

Mais avant cela ?

bus nuit

Je suis rentré de la City en bus. Le trajet m’a permis d’entamer un nouveau chapitre de Brodeck mais je n’ai pas réussi à le finir. Je n’ai pas attendu le bus longtemps. Je me rappelle être descendu un arrêt avant le Terminus du tram parce que je n’avais pas pris ma carte. J’ai pris le tram dans le centre.

J’étais dans le centre pour boire un verre. Une bouteille. Une bouteille de Schweppes à 2€70. J’ai même payé deux bouteilles de Schweppes : un billet de cinq et deux pièces de vingt égalent 5€40. Ça revient. D’ailleurs quelqu’un m’a donné une pièce de vingt…

Vous pouvez penser que je feins l’amnésie mais laissez-moi vous dire le contraire. Je ne me souviens même plus de qui était cette jeune fille aux vingt centimes.

J’y suis.

Trois amies à moi, un ami, et moi étions assis à cette terrasse de bar. J’y ai bu un Schweppes, le même choix que l’ami. Les amies ont pour leur part consommé smoothie, café et verre d’eau. Je ne me souviens absolument pas être parti pour la City dans le but de boire un verre, une bouteille, à cette terrasse. Je crois que nous avions soif.

amis rue

Je crois que nous avons marché. Nous avons marché, puis pris le tram ya sin la tarjeta. Nous sommes descendus d’une colline qui surplombait la City. Ça revient doucement.

Nous étions deux groupes. L’un est parti en voiture et l’autre, nous, à pied. Dans l’autre groupe il y avait PAG ! Nous étions sur la colline pour pique-niquer en l’honneur de son anniversaire ! Enfin je me souviens. Clairement cette fois. Nous étions une quinzaine du lycée. Certains sont même des amis depuis le collège. Sur notre petit rocher, nous avons gaiement festoyé. C’était très agréable aussi de retrouver deux amis volleyeurs de l’UNSS que je fréquente moins souvent.

prés

Pourtant il manque encore quelque chose. Pourquoi ai-je eu tant de mal à retracer le déroulement de cet après-midi ? Que s’est-il passé avant ? Pourquoi suis-je, encore ce soir, dans une sorte d’état second ?

Pourquoi ?

Je me rappelle de ma matinée. Je n’avais pas rendez-vous mais je suis allé chez le dentiste. Le dentiste serait la raison de mon état ? Peut-être m’a-t-il gazéifié pendant qu’il me trouait la carie… Ou bien mon amnésie venait-elle de cette météo nouvellement maussade, mollement nuageuse et lunatique qui n’a pas cessé de me surprendre aujourd’hui ? A moins que le dépaysement de la colline ne soit coupable. Peut-être le fait de m’être décidé au dernier moment pour le pique-nique…

Ou bien suis-je dans cette situation depuis le début des vacances ?

Sur le rocher :

– Qu’as-tu fais ces vacances ?
– Euh…

Quatorze

E1 #003 Vélocyclistes

In Flash-back, Ondulé, Pittsburgh on 8 septembre 2009 at 10:25

Nous nous laissons happer par les ténèbres. Comme trois chevaliers modernes, chevauchant nos vélos, nous fondons sur le bitume noir et glacé. Les deux twin sisters volent devant moi en silence. Je les suis, le vent gonfle mon tee-shirt. La route est cabossée et très peu éclairée mais nous continuons à accélérer dans cette longue descente. Les quelques graviers qui crépitent sous nos pneus ne me rassurent pas.

J’ai les cheveux encore un peu humides de cette super soirée piscine chez Myrtille et mon esprit est hanté par le goût et l’odeur des crêpes que nous avons dévorées.

Je ne vois plus les filles devant moi. D’habitude, je fixe une lampe à l’avant de mon vélo quand je circule de nuit. Seulement, ce soir, je ne pensais pas rentrer si tard. De grands arbres défilent sur les côtés. Le ciel est très sombre ; pas la moindre étoile, la Lune est cachée derrière les nuages. Mes mains se resserrent autour du guidon caoutchouteux. La pente s’accentue encore et les arbres au-dessus de moi me plongent à présent dans un noir absolu.

suburbs

Il n’en fallait pas plus pour que mon esprit me ramène quelques années plus tôt. Au collège, je prenais mon vélo pour aller en cours. Je me souviens bien de ce vélo, un peu grand en sixième, un peu petit en troisième. J’adorais rouler vite dans la ville le matin, dans les petites rues peu fréquentées. Je passais devant ce PMU dont l’enseigne éclairait la rue quand le Soleil peinait à sortir de son nid. Les matinées d’automne ou du début de l’hiver étaient de loin les plus belles : je soufflais des petits nuages qui s’évaporaient devant moi. L’air me glaçait le visage, et les doigts, et les oreilles aussi. Je me raclais la gorge en roulant pour la réchauffer et éloigner ce mauvais rhume qui faisait tout pour s’y nicher. Les arbres scintillaient et je ralentissais en longeant le parc municipal pour profiter du spectacle des rayons du Soleil qui dansaient dans la brume blanche d’entre les branches. Et je filais sur mes deux roues. Libre et heureux.

ville

Je retrouve les filles en bas de la descente. Nous passons sous un lampadaire qui diffuse son halo orangé, puis un autre, et encore un autre… La ville se rapproche. La route se fait moins accidentée, nous avons passé la tempête, les vagues se sont calmées. Il fait encore chaud. Les arbres sur les côtés ont cédé leur place aux maisons, aux bars, puis aux HLM. Nous arrivons à un petit rond-point où les filles virent à droite pendant que je continue tout droit. See you soon, girls.

rouge

Quatorze

E1 #002 Révisions

In Cerveautage, Freud, Sujet on 1 septembre 2009 at 4:19

C’est bientôt la rentrée. Enfin bientôt… il me reste encore quelques jours. En tout cas, pour la plupart de mes amis c’est la Rentrée. Ils ne font pas archi, eux. Ils partent en prépa, en médecine, ou en école d’ingé. Morve veut être kiné, elle attend de savoir si elle est prise dans une école belge. Elle ne reprend donc pas tout de suite les cours.

On discutait un soir où on était tous les deux invités pour un anniversaire. On s’est dit qu’il faudrait qu’on parte ensemble quelques jours avant la rentrée justement, pour s’aérer l’esprit.

Mais elle m’a surtout dit quelque chose qui m’a fait réfléchir ; elle m’a dit que, quand même, faudrait qu’elle change un peu cette façon de parler qui lui donne l’air d’une fille de la téci. C’est vrai que Morve est étonnante : elle ressemble à une gentille fille presque bourgeoise mais parle un peu comme une racaille. Naturellement.

Et apparemment elle voudrait changer ça. Peut-être assortir son langage à sa garde-robe ? Who knows ?

Je ne critique pas Morve. J’ai aussi envie de revoir un peu mes manières, régler mes attitudes. Je crois qu’on est tous dans la même situation : on commence quelque chose de nouveau. C’est un pas vers l’avant. Comme on est passé du collège au lycée, on passe d’une vie de lycéen à celle d’étudiant. Et clairement, on a tous un peu idéalisé cette nouvelle vie alors il faut qu’on soit à la hauteur. Le pire serait de se décevoir soi-même.

Bien sûr, les nouvelles rencontres qu’on va faire vont nous pousser à nous adapter. Il faudra arrondir les angles mais aussi faire des choix. Se faire de nouveaux amis c’est aussi repartir sur de nouvelles bases et, quelque part, choisir vers quelle direction on s’oriente. Commencer cette vie d’étudiant en archi où je ne connaîtrai personne, ça me donne une infinité de possibilités. Je peux être almost qui je veux ! Ça m’angoisse aussi un peu.

change

En tout cas, si je n’arrive pas à changer ces petites choses en moi qui me déplaisent, commencer une nouvelle aventure avec de nouvelles personnes me donne au moins l’occasion d’essayer. Il n’y aura certainement pas de changement brutal mais peu à peu, je ne serai plus tout à fait le même. Et puis finalement les choses changent naturellement. Pas toujours comme on le voudrait mais tout change.

Bizarrement, la première chose qui m’est venue à l’esprit a été de renouveler ma garde-robe. Sûrement parce que c’est plus simple que d’effectuer des grands changements intérieurs. J’ai aussi eu envie de revoir ma chambre, de réaménager. Mais je dois surtout faire du rangement à l’intérieur… de moi-même.

Quatorze

E1 #001 Abordages

In Cerveautage, Flash-forward, Sujet on 7 août 2009 at 1:17

Les arbres défilent rapidement derrière les vitres du bus. Le Soleil baigne la végétation d’une belle lumière matinale. Les prés sont magnifiques. Je ne pense à rien, je regarde juste les feuilles encore vertes qui s’agitent doucement au bord de la route. C’est l’un des avantages de ne pas habiter downtown. Ce trajet matinal, écouteurs vissés dans les oreilles, est un moment de détente et d’éveil que j’apprécie énormément. Ça m’avait presque manqué pendant ces longues vacances.

On est en septembre mais dans le bus, tout le monde est en tee-shirt. Le chauffeur est nouveau : je ne l’ai jamais vu l’an dernier. Loin d’être tout jeune, il a les cheveux blancs et porte une chemise bleu clair. Son métier doit lui plaire parce qu’il sourit. Il bavarde tranquillement avec une jeune fille brune plutôt jolie. Je ne discute jamais avec les chauffeurs. Peut-être que je les imagine inintéressants, peut-être que je les snobe. Mais on dira plutôt que c’est une question de sécurité, ou de respect.

feuilles soleil

Arrivée devant l’école. Le Soleil me réchauffe le visage pendant que les étudiants avancent vers l’entrée. Certains se reconnaissent, se disent bonjour, s’embrassent. Je suis le seul à rester planté dehors, dans la rue. Je ne veux pas entrer, pas tout de suite. Je ne sais pas du tout ce qui m’attend.

Il y a des adultes ici. Je me demande si les gens qui passent devant moi sont des étudiants ou des professeurs. Les enseignants n’ont-ils pas une entrée qui leur est réservée de l’autre côté du bâtiment ?

La façade de l’école est très belle. Toute l’école est très belle et ensoleillée et animée. Ça fait plaisir : les élèves rentrent avec le sourire. Pas comme au lycée. Je commence à m’avancer. Je retire mes écouteurs et dépose mon mp3 dans mon sac qui est étrangement léger. Allons-nous recevoir notre matériel aujourd’hui ? Comment va se passer la semaine d’intégration ?

Je me retrouve enfin face à la porte d’entrée. Je la pousse doucement et entre dans l’école. Un pas, puis deux… une jeune fille s’approche de moi et demande si je suis en première année. Elle aussi découvre l’école et elle semble ravie. Cette première journée s’annonce très bien partie.

Le soir-même je rentre chez moi et m’affale sur mon lit, les bras pendant dans le vide de chaque côté du matelas. Tout cela serait merveilleux. Peut-être que ça se passera comme ça. But maybe not.

Quatorze